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Une francophonie moins importante à Cornwall?

2970738289_438b9aa0b1Après avoir dû débattre avec les Mohawks d’Akwesasne à propos du poste-frontière, voilà que les autorités municipales de Cornwall doivent composer avec un autre groupe d’individus en rogne : les francophones.
En début de semaine, les élus municipaux ont accepté la requête d’un groupe de citoyens désirant installer un gigantesque drapeau franco-ontarien dans un des parcs situé au cœur de la ville.

Jusqu’ici, rien d’anormal, direz-vous. Après tout, plusieurs autres municipalités ont déjà leur monument de la francophonie. Ça se voit déjà à Casselman, à Clarence-Rockland ou à Ottawa.

Le hic, c’est qu’à Cornwall, le conseil municipal a donné son aval au projet – de justesse, soit dit en passant, par six votes contre cinq –, mais pas dans sa forme originale. Oubliez le drapeau format géant visible de partout : le lys et la trille devront avoir une taille maximale de 3 pieds par 6 pieds et flotter au bout d’un mât de 40 pieds. Le concept du monument de la francophonie est plutôt d’installer un immense drapeau de 15 pieds par 30 pieds sur un mât de 80 pieds.

La francophonie de Cornwall serait-elle moins importante qu’ailleurs dans l’Est ontarien ou même à l’échelle de la province? Pourtant, plus d’un quart de la population de Cornwall a le français comme langue maternelle. Comment expliquer, donc, que le conseil s’oppose à une telle requête d’une part si importante de la population?

Nous pouvons avancer sans crainte de nous tromper que les propos d’une certaine conseillère anglophone auront influencé les résultats du vote. Mary Ann Hugh a décidé de s’opposer au projet, puisque selon elle, il ne faut pas faire obstruction au drapeau canadien, qui flotte déjà à 40 pieds du sol au Parc Lamoureux. «Je comprends cette consigne-là, de ne pas vouloir rien de plus haut que le drapeau canadien majeur du parc», répond pour sa part le coordonnateur du projet de monument de la francophonie à Cornwall, François Bazinet.

«Nous devons respecter la fierté de notre drapeau, a poursuivi Mme Hugh. Si nous disons oui pour le drapeau français, nous disons oui pour les drapeaux de toutes les autres organisations, de toutes les ethnies», a-t-elle continué, devant une salle du conseil dans laquelle prenaient place une cinquantaine de francophones, qui n’en croyaient pas leurs oreilles.

Une ethnie? Les francophones ne sont-ils donc encore considérés que comme un groupe minoritaire parmi tant d’autres dans ce pays? Où est passée la notion de peuple fondateur, d’égalité des deux langues officielles, de droit des francophones? Plus ça change, plus c’est pareil…

«Ça me déçoit grandement», a avoué M. Bazinet au lendemain de cette «demi-victoire». Selon lui, on pourrait facilement tomber dans les confrontations anglophones-francophones dans ce débat, mais il a choisi de ne pas s’aventurer dans cette avenue. «Je ne veux même pas aller là. Je pense qu’il ne s’agit que de perceptions différentes», a-t-il sagement dévoilé.

«Ça me dit qu’il n’y a pas d’unanimité pour ce projet-là à l’Hôtel de ville. Chaque conseiller agit dans l’intérêt de la communauté, mais on ne s’entend pas toujours sur ce que c’est, le meilleur intérêt de la communauté.»

«Je réalise que pour certains conseillers, on n’est pas reconnu comme un des peuples fondateurs et on n’est pas reconnus comme égaux aux anglophones. On a même parlé de la francophonie comme étant une ethnie! Ça me chatouille un peu. Nous ne sommes pas une ethnie!», a insisté François Bazinet, en rappelant qu’il y avait déjà eu une majorité francophone à Cornwall.

Sans tout recommencer de la case départ, les comités d’emplacement et de financement du monument de la francophonie de Cornwall devront se réunir au cours des prochains jours afin de décider de ce qu’il adviendra du projet.

«Peu importe ce qui arrivera, Cornwall sera différente des 11 autres régions dans la province qui possèdent déjà leur monument de la francophonie. Pourtant, les francophones de Cornwall sont aussi des francophones de l’Ontario», a terminé le coordonnateur.

Vous avez raison, M. Bazinet. Et toute la francophonie ontarienne est derrière vous.

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