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Égalité et Réconciliation: Non à l’Anglaid !

Que l’époque actuelle soit soumise au diktat de l’Anglais tous azimuts n’est guère contestable. Michel Brûlé n’est certes pas le premier à pointer du doigt cet état de fait plus qu’inquiétant pour le rayonnement de la langue et de la culture françaises. Certains, il faut le dire, ont pris le parti d’en rire plutôt que d’en pleurer. C’est le cas de l’Académie de la Carpette Anglaise qui décerne chaque année le drôlissime prix du même nom à la personnalité de nos prétendues élites qui se sera le mieux distinguée par sa volonté de promouvoir l’anglo-américain aux dépends de la langue de Molière.

Mais, pour en revenir à notre ouvrage, ce qu’il est intéressant d’y examiner est le point de vue d’un souverainiste québécois dont l’isolement culturel au sein d’une mer anglo-saxonne suffit à expliquer la virulence ponctuelle de son propos. L’auteur nous fait ici cadeau d’un pamphlet ludique mêlant ; au fil d’une myriade de petits chapitres parfois insolites ; arguments d’autorité, faits historiques avérés et envolées lyriques auto-justificatrices somme toute assez juteuses. Bref, le monde anglo-saxon en prend vraiment pour son grade.

Examinons donc à la loupe les griefs de notre ami québécois.

L’Anglais, une langue « irrémédiablement vouée à l’impérialisme et à l’ethnocentrisme » ?

Michel Br?ûlé commence son ouvrage par expliquer les conditions dans lesquelles l’Anglais moderne a vu le jour. Il nous faut pour cela remonter en 1066, à l’époque où Guillaume le Conquérant, Duc de Normandie, monte sur le trône d’Angleterre à l’issue de la bataille d’Hastings qui l’oppose à Harold Godwinson, le dernier roi anglo-saxon de la perfide Albion. Une fois couronné, Guillaume impose le franco-normand comme langue officielle en lieu et place de l’anglo-saxon qui reste néanmoins la langue maternelle de la paysannerie anglaise. Pendant près de trois siècles, la monarchie et la noblesse anglaises ne parleront que le Français. En 1328, Charles IV, dernier roi de la dynastie capétienne, meurt sans héritier mâle. La crise de succession, qui oppose Edouard III d’Angleterre et Philippe VI de Valois auquel le trône échoira finalement, débouchera sur la Guerre de Cent Ans pendant laquelle deux rois francophones n’auront de cesse de se disputer le royaume de France.

Durant cette période naquit de part et d’autre de la Manche un certain patriotisme, qui se manifesta en Angleterre par le refus croissant de la bourgeoisie d’utiliser le Français dans les actes de justice ainsi qu’à l’Université. L’Anglais moderne apparut donc dans le courant du XVème siècle et résulta de la fusion progressive du franco-normand et de l’anglo-saxon. A cet effet, on remarquera qu’environ 29% des mots en Anglais sont directement issus de la langue française, laquelle reste à ce jour, la source principale de la langue anglaise devant le latin (28%), les langues germaniques (25%, y compris le vieil anglais) et le grec (5%).

C’est concomitamment au déroulement de la Guerre de Cent Ans que le « je » en Anglais aurait basculé de la forme minuscule à la forme majuscule (le fameux « I »). De plus, alors qu’à l’origine « you » signifiait « vous » et « thou » signifiait « tu », le « thou » a fini par disparaitre pour ne plus laisser que le « you », non pas signe de nos jours de vouvoiement universel mais de tutoiement universel si l’on en juge par la familiarité avec laquelle les Anglo-Saxons s’adressent parfois à leurs interlocuteurs. Brûlé considère que l’alliance de l’hypertrophie du « je » et de l’atrophie, voire de l’inexistence du « vous » en anglais, est propice à faire de cette langue une « langue irrémédiablement vouée à l’impérialisme et à l’ethnocentrisme ». On aura bien sûr compris que l’auteur, en fustigeant la déconsidération de l’autre dans la langue anglaise, s’efforce de démontrer que cette dernière prédispose les anglophones à l’impérialisme et à l’ethnocentrisme.

La langue elle-même n’est que l’instrument principal par lequel une puissance impérialiste (ici, la sphère anglo-américaine) assoit peu à peu sa domination culturelle. La structure d’une langue déterminant les structures mentales de ses locuteurs maternels, elle ne saurait constituer qu’un simple instrument de communication neutre. Comme le fit remarquer le linguiste français Georges Mounin, « chaque langue reflète et véhicule un vision du monde ». Il y a donc en théorie autant de visions du monde irréductibles l’une à l’autre qu’il existe de langues vivantes. L’impérialisme linguistique de l’Anglais, auquel le matraquage hollywoodien né du plan Marshall a préparé le terrain ces 60 dernières années en Europe de l’Ouest, n’a donc pour but inavoué que celui d’imposer progressivement la seule vision du monde anglo-saxonne et de contribuer ainsi à l’affaissement des cultures locales et nationales.

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